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SAINT DELPHIN, 
ÉVÊQUE DE BORDEAUX (+ AVANT 404)

Nous le connaissons par la Chronique de Sulpice Sévère, par 5 lettres de Paulin de Nole et un billet d'Ambroise de Milan.

Prêtre de ce "Christ qu'on adore seul dans les grandes villes" (Carmen bucolicum, P. L., t. 19, col. 800 B), il fut évêque de Bordeaux de 380 environ à 402 ou 403. Détruite en 276, la ville nouvelle n'occupait plus que 32 hectares , dans une enceinte de 2.350 m . forte de 46 tours.  Craintive, elle se cachait derrière ce rempart qui lui masquait son fleuve.

Le premier évêque, Orientalis, se situe au début du 4ième siècle. Puis nous sautons à Delphinus, qui vint au Concile de Saragosse relatif à Priscillien (380). En 384, Priscillien, devenu évêque d'Avila, voulut aller à Rome pour faire appel auprès du pape Damase. En Aquitaine, il fut reçu par ses disciples, notamment par une dame de qualité, Euchrotia, et sa fille Procula. Delphin l'écarta; Damase et Ambroise ne lui firent pas meilleur accueil. Un concile bordelais, réuni en 384 avec l'assentiment du nouvel empereur de Trêves, Maxime, que les Espagnols avaient mis en garde contre Priscillien, déclara Instantius, prélat ami du novateur, indigne de l'épiscopat. Priscillien alors en appela au prince, comme saint Paul dans les Actes des apôtres, 25, 12. Une de ses adeptes, nommée Urbica, fut lapidée (385) par la populace chrétienne de Bordeaux. Il serait aventureux d'évoquer à ce sujet Hypatie, philosophe, tuée à Alexandrie en 415.

Ce fut Delphin qui baptisa Paulin "de Bordeaux" (pour parler comme Juilian: rappelons-nous qu'Antoine de Padoue fut d'abord de Lisbonne!), le futur évêque de Nole. Des lettres de Paulin à Delphin nous sont parvenues, la première écrite avant 393, les 2 dernières en 401. Elles ne permettent pas d'esquisser un portrait du pontife de Burdigala. Les trois premières missives décèlent un peu de timidité. Paulin se sait bavard, et tient à être bref. Delphin lui avait demandé (lettre 10) un échantillon de sa spiritualité, pour avoir le plaisir de constater les progrès de son disciple. Paulin se récuse comme par un complexe d'infériorité. Il est bien plus naturel avec Amand, un prêtre bordelais qui devait succéder à Delphin, et lui aussi son père spirituel (ici, au 18 juin, t. 6, p. 296-298).

Cette correspondance nous apprend que, sur la demande de Paulin, vers 394, Delphin est intervenu en faveur d'un vieux prêtre de Campanie persécuté par les gens d'une grande famille qui avait des terres en Italie et en Aquitaine. Une lettre de 399 nous dit que Delphin a été sérieusement malade fièvre et "humeurs" dans la tête (capitis humore vexatus). Les lettres 19 et 20 furent rédigées coup sur coup, en 401,pour se dédommager d'un long silence de Delphin qui avait duré près de 2 ans. Cette fois-ci, le ton est plus naturel, plus enjoué, la cadence des citations scripturaires plus pressée. Il faut dire aussi que Paulin respire plus à son aise : il avait été tenu à l'écart par le haut clergé italien (pour "priscillianisme", conjecturait Babut, probablement à tort), et maintenant il est fort bien avec le nouveau pape de Rome, Anastase et le nouvel évêque de Milan, Vénénus! Et il y a l'agent de liaison Bordeaux-Nole, Cardamas, ci-devant mime et bon buveur, maintenant exorciste, qui prête à allusions plaisantes. Nous savons par la lettre 20 que Delphin a consacré une église à Langon. Cette missive se termine par un pieux badinage sur le thème Paulin fils du dauphin (Delphin). On y peut lire ces mots, qui rappellent fort saint Augustin "Si je suis ton poisson, je dois présenter dans ma bouche le précieux denier où brille non pas l'effigie et l'inscription de César, mais l'image vive et vivifiante du roi éternel, c'est-à-dire la foi en la vérité, que l'empreinte de ta doctrine et le sceau de ton anneau ont incrustée dans la piécette de mon coeur et la cire de mon âme" (cf. Etudes mérov. Actes des journées de Poitiers. Mai 952, 1953, p. 10-12).

Un billet de saint Ambroise à Phébade d'Agen et à Delphin montre qu'il y avait des relations amicales entre ces 3 évêques.

En 404, Delphin était passé parmi les protecteurs de l'au-delà, comme le prouvent ces vers de Paulin : "Ambroise domine le Latium, Vincent les Ibères. La Gaule a reçu Martin, et l'Aquitaine Delphin."

Nulle mention dans les martyrologes anciens (ni dans les tables de Leroquais). Au diocèse de Bordeaux, il est honoré actuellement (1955) le 30 décembre sous le rite double. Dans le livre de Ch. Flament, Le culte des saints de France, t. 1 (après 1895), p. 284, il se trouve au 22 novembre, double. Saint-Delphin, près de Bordeaux, au doyenné de Pessac, compte plus de 8.000 âmes.

 

Merci à Jean Michel Dossogne pour le partage de ce texte

 


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