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Bienheureux Kamen VITCHEV
Pierre Vitchev
naît en 1893 à Strem dans le diocèse de Thrace (région de Burgas) en
Bulgarie. Ses parents sont de rite oriental. En 1910 il entre chez les
Assomptionnistes et commence son noviciat à Gemp, près de Louvain
(Belgique). Il y reçoit le nom de Kamen. Il fait profession perpétuelle
à Limperzberg et commence ses études théologiques. Après avoir été
professeur au collège assomptionniste de Plovdiv en Bulgarie et au petit
séminaire d'Istanbul en Turquie, il retourne à Louvain en 1920 pour
continuer ses études. En 1921 il est ordonné prêtre à Kadiköy (faubourg
d'Istanbul) et là il enseigne la théologie.
En 1930, après
avoir obtenu un doctorat de théologie à Strasbourg, il revient au pays
et on le retrouve au collège de Plovdiv dont il devient le recteur. Il y
restera jusqu'en 1948. Il déploie une grande activité intellectuelle,
écrivant des articles dans la revue "Echo d'Orient" et dans celle d'"Istina"
dont il est le directeur (et qui existe encore) ainsi que des articles
scientifiques dans d'autres revues. C'est un spécialiste du rite
byzantin. Il est passionné pour la cause de l'unité entre orthodoxes et
catholiques, et dans son collège règne une parfaite harmonie entre les
élèves catholiques, orthodoxes et musulmans.
Lorsque les
communistes arrivent en 1948, le collège est fermé. Le Père Kamen est
nommé supérieur du séminaire de Plovdiv et vicaire provincial des
Assomptionnistes bulgares. Ecrivant à son Supérieur général, il
l'informe que le rideau de fer devient de plus en plus opaque; il
prévoit que les prêtres catholiques seront bientôt poursuivis et il
conclut en disant: "Obtenez-nous par la prière la grâce d'être fidèles
au Christ et à l'Église dans notre vie quotidienne, afin d'être dignes
de lui rendre témoignage quand viendra le moment." Il est arrêté en 1952
et condamné à mort comme 'espion' et 'conspirateur'. Ils sont 40
condamnés et il est en tête de liste comme organisateur du 'complot'.
Ils sont fusillés dans la nuit du 11 au 12 novembre 1952, à Sofia.
NOTE SUR LES
ASSOMPTIONNISTES EN BULGARIE
Les Augustins de
l'Assomption, appelés 'Assomptionnistes', sont fondés en 1850 par le
Père d'Alzon. En 1862, le Bienheureux Pie IX, pape missionnaire, déclare
au Père d'Alzon: "Je bénis vos œuvres d'Orient et d'Occident."…Alors que
les Assomptionnistes n'ont encore rien créé en Orient! Le Père d'Alzon
prend cela comme une invitation prophétique à faire quelque chose dans
cette direction-là afin que, selon sa devise, "le Règne de Dieu arrive"
(Adveniat Regnum tuum) et en 1863 il envoie un Père - un seul - en
Bulgarie. C'est le point de départ de la "Mission d'Orient" des
Assomptionnistes. Elle prospère car les vocations affluent. Les
Assomptionnistes créent petits séminaires et collèges, dont le grand
collège Saint-Augustin à Plovdiv, en 1880, où se formera toute
l'intelligentsia du pays. En 1900, les lois anti-religieuses en France
ont un contrecoup positif en Bulgarie, car beaucoup de religieux
contraints de s'exiler arrivent en Bulgarie et parmi eux, beaucoup de
prêtres ou de séminaristes prennent goût à la Mission d'Orient. Dans la
pensée des fondateurs, l'œuvre d'Orient voulait faciliter le retour à
l'unité des orthodoxes bulgares (eux-mêmes connaissaient un mouvement
dans ce sens-là). Dès le début ils voulaient aussi susciter un clergé
autochtone de rite oriental.
En 1948, les
communistes arrivant au pouvoir, les missionnaires étrangers sont
chassés et toutes les œuvres sont détruites ou confisquées. (A la fin de
son homélie de béatification, Jean Paul II demandera à l'Église bulgare
de reconstruire le séminaire) Quant aux religieux et religieuses qui
restent au pays, ils sont confinés dans leurs églises et sacristies.
(Ainsi une religieuse carmélite, qui a témoigné au procès, a vécu 38 ans
enfermée dans le chœur d'une église.) Des prêtres sont emprisonnés. Si
les communistes se sont 'intéressés' spécialement à nos trois
bienheureux, c'est qu'ils les considéraient comme des chefs de file,
étant très connus et influents dans le pays. Ils sont fusillés en 1952.
Il a fallu attendre la chute du communisme pour avoir accès aux archives
et connaître le lieu approximatif et la date de leur mort, car les
communistes avaient peur qu'on vienne les vénérer comme des martyrs: ils
ont été exécutés dans la nuit du 11 au 12 novembre 1952, dans la prison
de Sofia, en même temps que le bienheureux Vincent Bossilkov, évêque
passioniste, béatifié en 1998. Si les trois Pères Assomptionnistes ont
été béatifiés plus tard que lui, c'est à cause des communistes qui
menaçaient, au cas où l'on ouvrirait le procès de béatification, de s'en
prendre aux confrères vivant encore dans le pays. Des orthodoxes aussi
ont été persécutés pour la même foi au Christ. Il y a là une valeur
œcuménique. "Nous sommes unis sur la toile de fond des martyrs. Nous ne
pouvons pas ne pas être unis", disait Jean Paul II au Colisée, le
Vendredi Saint 1994.
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