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Apparitions de la Vierge Marie au Laus juin - août 1664
Le Laus est à peine
à 80 km de la Salette, Pendant quatre mois, début juin à la fin août 1664, presque tous les jours, la Mère et l'enfant Jésus rencontrent Benoîte Rencurel au Vallon des Fours. Nous savons que
pendant les deux premiers mois c'est le silence complet de la part de la Dame. Au sujet du détachement,
par exemple, la Dame dit à Benoîte: "Belle Dame! pour le mouton, je le compterai(paierai) sur mes gages, pour la chèvre, non! Elle me fait besoin, me porte pour passer la rivière quand elle est grosse; vous ne l'aurez pas pour 30 écus ". La Dame lui dit
qu'elle aimait trop sa chèvre, lui donnant du pain et des raisins; Le lendemain, Benoîte
refuse encore une fois de donner sa chèvre.
Benoîte apprend ainsi de la Dame, les litanies de Notre-Dame de Lorette qu'elle enseigne ensuite aux jeunes filles de Saint-Étienne qui viennent, à chaque soir, les chanter à l'église comme l'a demandé à ses diocésains l'évêque d'Embrun, Mgr Aubusson de la Feuillade. 28 août 1664 Devant la piété qui se manifeste depuis quelque temps, le curé de la paroisse, l'abbé Jean Fraise invite non seulement les jeunes filles à la procession mais aussi tous les hommes, les femmes et les enfants. C'est vers midi que tout le monde arrive devant la grotte, en priant et en chantant. Un homme s'est joint aux gens du village, Monsieur François Grimaud. Il est juge de paix de la baronnie d'Avançon; personnage officiel, homme de prière et de jugement qui jouera un grand rôle dans l'histoire du Laus. De par sa fonction de responsable de l'ordre public, il est au courant d'au moins une fausse apparition dans la région. Il arrive donc ici en homme d'expérience. Il raconte lui-même: "Je ne manquai point de m'y rendre pour voir s'il arriverait quelque chose de singulier, qui nous fit connaître que Dieu prend plaisir que la Sainte-Vierge fût honorée en ce lieu " Jusqu'ici
les apparitions se sont déroulées, soit à Saint-Étienne d'Avançon, soit au
Vallon des Fours, tous les deux situés sur la rive gauche de la rivière Avance
et éloignés l'un de l'autre d'environ un kilomètre.
" Vers la fin septembre 1664" nous fit Pierre Gaillard, vicaire général du diocèse de Gap, Benoîte est intriguée par une lumière plus étincelante que les rayons du soleil. Cette lumière frappe la colline plantée de vignes, droit devant elle. Elle doit être secrètement heureuse de ne pas avoir donné sa chèvre à Dame Marie, car pour se rendre au Pindrau, c'est le nom de la colline, elle doit traverser la petite rivière Avance qui est toute gonflée en ce temps de l'année: "le pont étant rompu, ne pouvant pas passer la rivière, Benoîte monte sur sa grosse chèvre ". Benoîte reconnaît sa Dame à qui elle reproche presque d'avoir été si longtemps absente. "Quand
vous me voudrez voir dès lors vous le pourrez dans la chapelle qui est au lieu
du Laus où elle sentira bon " Le Laus est un hameau de 7 à 8 chaumières; il fait partie de la paroisse Saint-Étienne d'Avançon située à trois milles. Dès 1640, les gens du Laus avaient bâti une petite chapelle afin de pouvoir prier, lorsque la crue des eaux les empêcherait de se rendre à Saint-Étienne. C'est cette chapelle abandonnée que la Vierge a désignée comme point de rendez-vous pour les années qui vont suivre. Une chapelle qui " sent bon " malgré la poussière accumulée au long de ses 24 années d'existence. Les gens du Laus avaient mis la chapelle sous la protection de " Notre-Dame de Bon-Rencontre " une désignation qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Dès le lendemain, notre bergère part de Saint-Étienne de grand matin et se rend au bas de la colline du Laus où elle laisse son troupeau de moutons; puis elle gravit péniblement la colline à la recherche du Laus. Les 7 à 8 maisons
du hameau ne sont pas nécessairement très rapprochées les unes des autres. La
petite chapelle de 1640 ressemble plus à une maisons privée qu'à une église
paroissiale. Benoîte n'a qu'une indication pour trouver la chapelle de
Bon-Rencontre: Voilà donc cette jeune fille de 17 ans qui fait du porte à porte. Au sens le plus strict du mot, elle va " sentir " à chaque maison. Écoutons le récit qu'en fait P.Gaillard. "Elle y monte, cherche et sent à toutes les portes des maisons pour trouver la chapelle où elle sentira bon".
Après avoir
parcouru toutes les maisons, elle l'aperçoit, commence à sentir bon et la
trouve à demi-ouverte. Benoîte trouve
inconcevable que Marie soit debout dans la poussière qui recouvre l'autel de plâtre
et lui offre de mettre son tablier propre sous ses pieds. Lorsque, le lendemain de l'apparition au Pindrau, Benoîte se rend au Laus, elle y trouve une toute petite chapelle qui desservait 7 à 8 familles. Nous pouvons supposer que cette église pouvait accueillir une trentaine de personnes. Mais déjà à l'été 1665, des processions arrivent des paroisses environnantes et la messe est dite presque régulièrement en pleine nature, sous les arbres. Après l'enquête de septembre 1665, Antoine Lambert recommande d'agrandir la chapelle de 1640, afin de pouvoir abriter les foules qui se présentent de plus en plus nombreuses; on réalise aussi le voeu exprimé par la Vierge à Benoîte dès la première apparition au Laus, fin septembre 1664. Gaillard nous dit: " Elle y veut faire bâtir une église à l'honneur de son cher Fils et d'elle, où beaucoup de pécheurs et de pécheresses se convertiront et c'est là où elle la verra très souvent ". Les
travaux de construction vont de 1666 à 1669 .Encore une fois, ce sont surtout
les petits et les pauvres qui poussés par Marie vont relever ce nouveau défi
doublement compliqué par des routes souvent impraticables et la
pauvreté des gens de la région: chacun transportant une pierre à
l'occasion d'un pèlerinage. Le coût des ouvriers spécialisés et des
matériaux de construction est assuré par le denier du pauvre . Un des
grands mérites des responsables fut de construire la nouvelle église
par-dessus la chapelle primitive. Aujourd'hui encore, nous pouvons voir dans le
choeur, la petite chapelle "où il sentait bon ". Nous savons que Benoîte a reconnu le lieu du rendez-vous avec " Dame Marie " par l'odeur des parfums. François Grimaud nous dit qu'au temps pascal 1666: " je sentais une odeur si suave pendant un demi quart d'heure, que de ma vie je n'ai rien senti de pareil ". C'est pour avoir senti cette "suave odeur " que le sculpteur Honoré Pela, de Gap, établi à Gênes depuis 1680, fit don en 1716, d'une belle statue en marbre de Garrare représentant la Vierge et l'enfant. Cette statue domine encore l'autel principal du sanctuaire. Ce phénomène des parfums est vérifié occasionnellement par des pèlerins de toutes conditions: des jeunes, des vieux, des paysans, des citadins, des gens d'Église. On raconte même que du 24 mars à la fin mai 1690, l'église du Laus était si embaumée de parfum que tous les pèlerins en étaient témoins. Signalons que pour éviter toute tromperie, les fleurs sont ordinairement bannies du sanctuaire. Depuis le 23 juin
1666, des guérisons sont rapportées après avoir fait usage de l'huile
provenant de la lampe du sanctuaire. C'est Marie elle-même qui encourage à
cette dévotion comme le rapporte le texte de Gaillard: Benoîte Rencurel a
d'abord connu des années difficiles, mais remplies de joies spirituelles. Dès
1665, des prêtres exceptionnels s'intéressent à la vie pastorale du Laus
naissant: l'abbé Jean Peytieu y passera les 24 années (1665-1689) d'un
sacerdoce complètement donné au bien des âmes; Pierre Gaillard exercera un
ministère exemplaire pendant 50 ans (1665-1715); En juillet 1692, le duc de Savoie, Victor Amédée II, envahit la région avec 40.000 hommes. C'est la catastrophe; presque tout est détruit sur son passage. Heureusement, Benoîte avertie par la Vierge met les biens précieux en sécurité et se réfugie à Marseille avec le personnel du Laus. L'exil va durer du 2 août au 20 septembre 1692. Au retour
c'est la désolation matérielle qui va se compliquer d'une désolation
spirituelle. Les abbés Peytieu et Hermitte sont décédés. Pendant 15 ans (1697-1712) elle sera en résidence surveillée dans son petit logis du Laus qu'elle habite depuis 1672. Défense lui est faite de parler aux pèlerins et elle ne peut assister à la messe que le dimanche. Durant toutes ces années, Benoîte souffre en silence et reste fidèle à l'Église. Comme il arrive souvent à l'occasion d'une apparition de la Sainte Vierge, une épidémie de voyants se déclare dans la région. Cela se produira aussi à Lourdes en 1858. Les ennemis du Laus font rejaillir sur Benoîte le ridicule de ces supposées apparitions, plus grotesques les unes que les autres. Mgr
de Malissoles, évêque de Gap, intervient auprès de Mgr de Genlis, évêque
d'Embrun. Il est en mesure d'éclairer son confrère puisque Gap est plus près
du Laus que ne l'est Embrun et que lui-même chaque année, à pied se rend en pèlerinage
au Laus. Enfin, le 2 septembre 1712, Mgr de Genlis confie le sanctuaire du Laus
à une communauté nouvellement fondée, les Missionnaires de la Sainte-Garde.
Elle mourut le jour
de la fête des Saints-Innocents, comme prédit par le ciel et colportés pas
elle. Depuis la Saint - André, elle ne quittait plus le lit. Les Pères de la
Sainte-Garde La Révolution française En 1810, Mgr Miollis
rachète l'église. À l'époque, le
Laus est sous le juridiction du diocèse d'Embrun sur le plan religieux et de la
ville de Gap sur le plan civil. C'est ainsi que le diocèse de Gap, demande au
diocèse d'Embrun, le 20 août 1665 de nommer une commission pour enquêter sur
les événements du Laus, afin que l'Église apporte un nouvel éclairage sur
ces prétendues apparitions. Pendant les 5 jours d'entrevues, on fait comparaître François Grimaud, Pierre Gaillard, Jean Fraisse et plusieurs curés de la région qui sont venus en pèlerinage au Laus. Benoîte Rencurel passe des heures à répondre aux questions de cette équipe de gens instruits dont au moins un opposé aux événements qu'il qualifie d'imposture. La bergère doit
rester calme et compter sur les lumières que Dame Marie ne lui ménage
pas. La jeune bergère de 18 ans a tenu la coup pendant cinq jours et Dame Marie réservait une surprise aux membres de la Commission. Le matin du 18 septembre 1665, une jeune fille de 22 ans, Catherine Vial, malade notoire, invalide des deux jambes, se présente à la messe de l'abbé Antoine Lambert en marchand sur ses deux pieds. Deux médecins avaient pourtant dit: " Si Catherine Vial marche sur ses deux pieds, à son retour du Laus, nous nous ferons catholiques ". Ils ne le firent jamais! Il n'en fallait pas tant! Le résultat de l'enquête est favorable. Deux prêtres sont nommés pour assurer le ministère; il est décidé d'agrandir la chapelle mais surtout " Pierre Gaillard " est nommé à l'âge de 44 ans, responsable du Laus. Il y restera jusqu'à sa mort en 1715.
25 MAI AU 6 JUIN
1670 Ces changements importants dans la vie diocésaine et probablement aussi l'inquiétude des Jésuites, au sujet de la popularité de Notre-Dame d'Embrun qui ne cesse de diminuer au profit de Notre-Dame du Laus, favorisent un nouveau questionnement. Pour y voir clair, Benoîte Rencurel est convoquée à Embrun où elle devra répondre à chaque jour entre le 25 mai et le 6 juin 1670, aux questions de l'abbé Jean Javelly, faire face à la méfiance des Jésuites et supporter un jeûne complet qui va durer 13 jours. M. Javelly est personnellement déconcerté par le jeûne de Benoîte, par la clarté et la logique de ses réponses et l'intensité de son expérience spirituelle. Cette paysanne de 22 ans, sans aucune instruction impressionnée par les doctes personnes qui la questionnent, reste calme, ferme, constante, capable de les rappeler à l'ordre en leur disant très sérieusement " j'ai déjà répondu à cette question. " ou "cette question ne concerne pas le Laus. " La conclusion de
l'enquête est favorable: les prêtres du Laus sont confirmés dans leurs
fonctions, en particulier Jean Peytieu qui y consacrera 24 années de sa vie; il
mourra épuisé par le ministère à l'âge de 49 ans. D'après Jean
Javelly lui-même: "Benoîte est une bonne et sainte fille. " Vendredi soir 4 décembre 1671, Mgr de Genlis reçoit Benoîte Rencurel à genoux devant lui pendant trois heures et demis. Les questions de l'évêque sont nombreuses, précises et éprouvantes; la situation est difficile pour la bergère mais avec toute la rigueur de ses 23 ans, elle répond comme une personne qui " sait " quelque chose et qui " croit " en quelqu'un. L'évêque en a assez. Ce ne sont pas les belles phrases et les extases qui l'ont convaincu. Il déclare lui-même après le départ de Benoîte: " Dès qu'elle fut sortie, il nous dit que de sa vie, il n'avait vu une semblable vertu, une pareille humilité "(Gaillard) L'Église reconnaît encore une fois, officiellement les événements du Laus. Pendant toute la vie de Benoîte, surgiront des jalousies et des hostilités qui essaieront d'éteindre cette grâce du Laus.
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