SAINT MARTIN
1er
Pape
et Martyr
(+ 655)

Saint Martin, natif de la Toscane, se rendit
célèbre dans le clergé de Rome par son
savoir et sa sainteté. À son élection au
souverain pontificat, Rome retentit
d'allégresse; le clergé, le sénat et le
peuple en témoignèrent une satisfaction
extraordinaire, et l'empereur approuva cet
heureux choix. Martin ne trompa point
l'espoir de l'Église; la piété envers Dieu
et la charité envers les pauvres furent ses
deux règles de conduite. On était sûr de le
trouver en prière, ou occupé des malheureux,
ou absorbé par les soins multiples de sa
charge. Son plus grand soin fut de maintenir
dans l'Église l'héritage précieux de la
vraie foi.
Le grand Pape se vit un moment dans la
situation la plus critique, et accablé sous
le nombre des ennemis spirituels et
temporels du Saint-Siège. Contre l'hérésie
du monothélisme, qui relevait la tête, il
assemble, dans l'église de Latran, un
concile de cinq cents évêques, où les
principaux chefs des hérétiques sont
condamnés.
Poussé par les sectaires, l'empereur
Constantin II, sous prétexte d'une trahison
à laquelle Martin aurait pris part, fait
saisir le Pape et le met en jugement. On le
traite comme un misérable, et on amène
devant lui vingt accusateurs pour l'accabler
de faits imaginaires. Martin, voyant qu'on
va les faire jurer sur le livre des
Évangiles: \"Au nom de Dieu, s'écrie-t-il,
dispensez-les d'un serment sacrilège; qu'ils
disent ce qu'ils voudront. Et vous,
magistrats, faites votre oeuvre.\" Et sans
se donner la peine de répondre à toutes les
accusations formulées contre lui, il se
contente de dire: \"Je suis accusé pour
avoir défendu la foi; je vous attends au
jour du jugement.\"
Un soldat vient dépouiller Martin de ses
ornements pontificaux; réduit à un dénuement
complet, chargé de fers, le Pape est traîné,
dans cet état, à travers les rues de la
ville de Constantinople, où il avait été
amené. Après plusieurs jours de prison,
ayant dit adieu aux membres du clergé qui
l'avaient suivi, le martyr part pour l'exil.
La Chersonèse, où il fut relégué, était
désolée par la famine; il eut à y endurer
pendant deux ans des souffrances et des
privations pires que la mort; mais il
supporta tout avec une résignation parfaite.
Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les
jours de l'année, Tours, Mame, 1950.