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Martyrs de l'ouganda
(†1885, †1886,
†1887)
Ces Saints
habitaient une contrée au milieu de l'Afrique, appelée Ouganda. Personne
n'y avait jamais prononcé le nom de Dieu et le démon y régnait par
l'esclavage, la sorcellerie et le cannibalisme. Deux Pères Blancs, le P.
Lourdel et le P. Livinhac débarquèrent un jour chez ces pauvres
indigènes. Ils se présentèrent aussitôt au roi Mutesa qui les accueillit
pacifiquement et leur accorda droit de cité.
Les dévoués missionnaires se faisaient tout à tous en rendant tous les
services possibles. Sept mois à peine après l'ouverture du catéchuménat,
ils désignaient quelques sujets dignes d'être préparés au baptême. Le
roi Mutesa s'intéressait à ce que prêchait les Pères, mais leur
prédication alluma bientôt la colère des sorciers jaloux et des Arabes
qui pratiquaient le commerce des Noirs.
Pressentant la persécution, les Pères Lourdel et Livinhac baptisèrent
les indigènes déjà préparés et se retirèrent au sud du lac Victoria avec
quelques jeunes Noirs qu'ils avaient rachetés. Comme la variole décimait
la population de cette contrée, les missionnaires baptisèrent un grand
nombre d'enfants près de mourir.
Après trois ans d'exil, le roi Mutesa vint à mourir. Son fils Mwanga,
favorable à la nouvelle religion, rappela les Pères Blancs au pays. Le
12 juillet 1885, la population ougandaise qui n'avait rien oublié des
multiples bienfaits des missionnaires, accueillait triomphalement les
Pères Lourdel et Livinhac. Les Noirs qu'ils avaient baptisés avant de
partir, en avaient baptisé d'autres; l'apostolat s'avérait florissant.
Le ministre du nouveau roi prit ombrage du succès des chrétiens, surtout
du chef des pages, Joseph Mukasa, qui combattait leur immoralité.
Ami et confident du roi, supérieurement doué, il aurait pu devenir le
second personnage du royaume, mais sa seule ambition était de réaliser
en lui et autour de lui, les enseignements du Christ. Le ministre
persuada le jeune roi que les chrétiens voulaient s'emparer de son
trône; les sorciers insistaient pour que les prétendus conspirateurs
soient promptement punis de mort. Mwanga céda à ces fausses accusations
et fit brûler Joseph Mukasa, le 15 novembre 1885.
«Quand j'aurai tué celui-là, dit le tyran, tous les autres auront peur
et abandonneront la religion des Pères.» Contrairement à ces prévisions,
les conversions ne cessèrent de se multiplier. La nuit qui suivit le
martyre de Joseph, douze catéchumènes sollicitèrent la grâce du baptême.
Cent cinq autres catéchumènes furent baptisés dans la semaine qui suivit
la mort de Joseph, parmi lesquels figuraient onze des futurs martyrs.
Le 25 mai 1886, six mois après l'odieux meurtre de Joseph, le roi
revenant de chasse fit appeler un de ses pages, nommé Denis, âgé de
quatorze ans. En l'interrogeant, Mwanga apprit qu'il étudiait le
catéchisme avec Muwafu, un jeune baptisé. Transporté de rage, il
l'égorgea avec sa lance empoisonnée. Les bourreaux l'achevèrent le
lendemain matin, 26 mai, jour où le despote déclara officiellement la
persécution ouverte contre les chrétiens.
Le même jour, Mwanga fit mutiler et torturer le jeune Honorat, mit la
congue au cou à un néophyte appelé Jacques qui avait essayé autrefois de
le convertir à la religion chrétienne. Ensuite, il fit assembler tous
les pages chrétiens et ordonna qu'on les amena pour être brûlés vifs sur
le bûcher de Namugongo. Jacques périt sur ce bûcher en compagnie des
autres martyrs, le 3 juin 1886, fête de l'Ascension.
«On avait lié ensemble les jeunes de 18 à 25 ans, écrira le Père Lourdel;
les enfants étaient également liés, et si étroitement serrés les uns
près des autres qu'ils ne pouvaient marcher sans se heurter un peu. Je
vis le petit Kizito rire de cette bousculade comme s'il eût été en train
de jouer avec ses compagnons.» Ils sont en tout quinze catholiques.
Trois seront graciés à la dernière minute. On compte officiellement
vingt-deux martyrs catholiques canonisés dont le martyre s'échelonne de
l'année 1885 à 1887.
Le groupe des condamnés marchait vers le lieu de leur supplice,
lorsqu'ils rencontrèrent un Noir nommé Pontien. «Tu sais prier?»
questionna le bourreau; sur la réponse affirmative de Pontien, le
bourreau lui trancha la tête d'un coup de lance. C'était le 26 mai 1886.
Le soir venu, on immobilisa les martyrs dans une cangue et on ramena de
force à la maison, le fils du bourreau, au nombre des victimes. Après
une longue marche exténuante, doublée de mauvais traitements, les
captifs arrivèrent, le 27 mai, à Namugongo. Les bourreaux, au nombre
d'une centaine, répartirent les prisonniers entre eux.
Les cruels exécuteurs travailleront jusqu'au 3 juin afin de rassembler
tout le bois nécessaire au bûcher. Les prisonniers doivent donc attendre
six longues journées de privations et de souffrances, nuits de froid et
d'insomnie, mais plus encore d'ardentes prières, avant que la mort ne
vienne couronner leur héroïque combat. Le martèlement frénétique des
tam-tams qui se fit entendre toute la nuit du 2 juin indiqua aux martyrs
qui languissaient, garottés dans des huttes, que l'immense brasier de
leur suprême holocauste s'allumerait très bientôt.
Charles Lwanga, magnifique athlète d'une vigueur peu commune, à qui le
roi avait confié un groupe de pages auxquels il avait enseigné le
catéchisme en cachette, fut séparé de ses compagnons afin d'être brûlé à
part, d'une manière particulièrement atroce. Le bourreau alluma les
branchages de manière à ne brûler d'abord que les pieds de sa victime.
«Tu me brûles, dit Charles, mais c'est comme si tu versais de l'eau pour
me laver!» Lorsque les flammes attaquèrent la région du coeur, avant
d'expirer, Charles murmura: «Mon Dieu! mon Dieu!»
Comme le groupe des martyrs avançait vers le bûcher, un cri de triomphe
retentit: Nwaga, le fils du chef des bourreaux, avait réussi à s'enfuir
de la maison pour voler au martyre! Il bondissait de joie en se
retrouvant dans la compagnie de ses amis. On l'assomma d'abord d'un coup
de massue, puis il fut roulé avec les autres dans des claies de roseaux
pour devenir dans un instant la proie des flammes.
Après leur avoir brûlé les pieds, ils reçurent la promesse d'une prompte
délivrance s'ils renonçaient à la prière. Mais ces héros ne craignaient
pas la mort de leur corps et devant leur refus catégorique d'apostasier,
on commença à incendier le bûcher. Par-dessus le crépitement du brasier
et les clameurs des bourreaux sanguinaires, la prière des saints martyrs
s'éleva calme, ardente et sereine: «Notre Père qui êtes aux cieux...» On
sut qu'ils étaient morts lorsqu'ils cessèrent de prier.
Le dernier des martyrs s'appelait Jean-Marie. Longtemps obligé de se
cacher, las de sa vie vagabonde, il désirait ardemment mourir pour sa
foi. Malgré les conseils de ses amis qui essayaient de le dissuader de
ce projet, Jean-Marie résolut d'aller voir le roi Mwanga. Nul ne le
revit plus jamais, car le 27 janvier 1887, Mwanga le fit décapiter et
jeter dans un étang.
La dévotion populaire aux martyrs de l'Ouganda prit un essor universel,
après que saint Pie X les proclama Vénérables, le 16 août 1912. Leur
béatification eut lieu le 6 juin 1920 et ils reçurent les honneurs de la
canonisation, le 18 octobre 1964.
Tiré de Marteau de Langle de Cary, 1959, tome II, p. 305-308 -- Vivante
Afrique, No 234 - Bimestriel - Sept - Oct. - 1964
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