Elle était née en 1941 à
Wamba, de Amisi Badjulu et Isude Julienne. On l'appela "Nengapeta", ce
qui signifie en langue budu La richesse trompe. Mais lorsqu'elle
se rendit pour la première fois à l'école, on l'inscrivit sous le nom de
sa sœur aînée, qui l'accompagnait, "Anuarite", Il se moque de la
guerre.
Selon la coutume d'allonger le crâne aux petits-enfants que le groupe
ethnique des Wabudu avait adopté des Mangbetu, l'oncle paternel d'Anuarite
donna à sa mère l'ordre "de lier la tête de la fille, afin qu'elle
apparaisse comme toutes les autres filles du village".
Au baptême Anuarite choisit le nom d'Alphonsine. À 16 ans, elle décida
d'entrer dans la Congrégation diocésaine "Jamaa Takatifu", la Sainte
Famille. Elle venait d'obtenir son D3. Admise au noviciat, elle fit sa
première Profession le 5 août 1959, avec le nom de Marie-Clémentine.
L'année suivante elle obtint le diplôme D4.
"Anuarite était enseignante. Une bonne partie de sa courte vie fut
consacrée à l'apprentissage de ce métier. Ce qui frappe, c'est son
enthousiasme et sa bonne volonté, même si la santé ne suivait pas
toujours. Elle jouissait d'une grande popularité auprès de ses élèves.
L'enseignement était pour elle un véritable apostolat. Son zèle la
portait toujours vers les élèves en danger, les "mauvaises filles". Elle
puisait son idéal dans l'Évangile où l'on voit Jésus fréquenter les
pécheurs. Parfois, l'on pouvait constater qu'une de ces filles avait
changé de conduite.
En communauté, sœur Marie-Clémentine remplit divers offices dont celui
de sacristine et de cuisinière. Sa devise était: "Servir et
rendre heureux". Elle était toujours disposée à donner un coup de
main, mais souvent, à cause de son tempérament excessif, elle le payait
de maux de tête.
Anuarite n'était pas parfaite. Elle avait une intelligence moyenne; les
études lui demandèrent toujours beaucoup d'efforts. Elle avait également
un tempérament nerveux. Elle s'emportait parfois. Cependant, elle fit
des progrès. Tout au long de sa vie, en effet, on la sent désireuse de
dépasser ses limites et de dominer son caractère".
Lors des événements qui allaient bouleverser le nord-est du pays,
Anuarite était enseignante à Bafwabaka. Le 29 novembre 1964 les Simba
firent irruption à Bafwabaka et, sous le prétexte de les "défendre
contre les Américains", amenèrent les trente-quatre religieuses
africaines, en camion, à Isiro. Le voyage fut extrêmement pénible; plus
particulièrement lorsque, à un arrêt, les soldats les obligèrent à se
séparer de tous leurs objets de piété, chapelets... qui furent piétinés,
au milieu de paroles et de gestes obscènes.
Olombe Openge, colonel simba interviewé 20 ans plus tard, acteur ou tout
simplement complice du meurtre de Sr. Anuarite, a raconté:
"Avec un camion, je me suis rendu à la mission de Bafwabaka, dans la
zone de Wamba, où j'ai embarqué toutes les religieuses. Je les ai
emmenées à Isiro où je les ai internées dans une maison qui me servait
de résidence, maison qui était située à proximité des bureaux de la
Compagnie nationale Air Congo. Je leur ai ensuite servi de la
nourriture, à laquelle elles ont refusé de toucher, ce qui me mit dans
une grande colère et m'incita à les engueuler vigoureusement. Le soir,
le colonel Ngalo me rejoignit. Après avoir jeté un regard inquisiteur
sur tous les prisonniers, il pointa du doigt une des religieuses et me
lança: "Je veux cette fille".
Quelques instants après le retour du colonel Ngalo au poste de
commandement, j'ai transmis son message à la religieuse qui venait de
retenir son attention et dont on m'apprit qu'elle s'appelait Anuarite.
Mais à ma grande surprise, celle-ci me rétorqua: "Je ne peux pas aller
chez votre colonel".
Par la suite, le colonel Ngalo que j'informai du refus de la jeune
fille, m'ordonna d'aller prendre Anuarite et de l'amener auprès de lui
par tous les moyens possibles et imaginables. Anuarite, que je contactai
une nouvelle fois, refusa catégoriquement.
"Si tu ne veux pas partir chez le colonel de ton propre gré, lui dis-je,
je vais user de moyens forts qui t'obligeront à le faire même malgré
toi. Je pourrai même aller jusqu'à te battre sans tenir compte de quoi
que ce soit". Pour l'intimider et pour la persuader, je lui administrai
trois coups de crosse et lui ordonnai, ensuite de monter dans la voiture
qui l'attendait. Devant son refus obstiné, je lui lançai:
"Pour qui te prends-tu? Tu crois que tu es plus jolie que mon épouse
Angélique que j'ai laissée à Wamba? En tout cas, elle est plus belle que
toi". "Si tu savais que ta femme est plus jolie que moi, me répondit
Anuarite, pourquoi ne l'as-tu pas amenée avec toi ici?" Fou furieux, je
me mis à l'abreuver d'injures: "Motu molayi (tête allongée), imbécile,
sauvage..."
Je suis rentré informer le colonel Ngalo du nouveau refus d'Anuarite. Le
colonel me donna l'ordre d'aller prendre Anuarite de force, tout en me
disant que si elle persistait à refuser, j'avais carte blanche pour
agir.
"Si vous osez ne pas vous exécuter, me signifia-t-il, vous serez liquidé
en lieu et place de cette fille écervelée".
Ne voulant pas mourir à la place d'Anuarite, je pris celle-ci de force,
la rouant même de coups. Mais en vain. Elle demeura insensible à mes
arguments. C'est à ce moment que le colonel Ngalo décida qu'on la tue.
Pour moi, ce fut un ordre…"
Cette version doit être complétée par les nombreux témoignages des Sœurs
présentes.
Nous nous limiterons à celui de Sr. Mélanie:
"Alors Olombe commença à crier et à appeler avec force les Simba. Deux
jeunes Simba forts arrivèrent. Le Colonel Olombe leur demanda:
"Avez-vous un fusil?" Ils dirent: "Non, nous n'en avons pas!" Il leur
demanda: "Quelle arme avez-vous?" Ils dirent: "Deux longs couteaux
(baïonnettes)". Le colonel leur dit: "Transpercez cette Sœur". "Cette
Sœur, c'est laquelle?" "C'est la Sœur Anuarite". Pendant que les Simba
transperçaient la Sœur Anuarite dans les côtes, le colonel disait:
"Enfoncez le couteau dans son cœur". Au moment où le premier Simba
s'apprêtait à la transpercer, le colonel répéta: "Enfoncez le couteau
dans le cœur". Et au moment où le deuxième Simba s'apprêtait à la
transpercer, le colonel dit: "Enfoncez le couteau dans son cœur". Ils
continuèrent à la transpercer ainsi, chacun d'eux quatre ou cinq fois. À
chaque coup, la Sœur faisait: "Ouh! Ouh! Ouh!".… Olombe prit enfin son
revolver et lui (à Anuarite) tira une balle dans la poitrine"
Le procès de béatification d'Anuarite fut officiellement ouvert le 13
janvier 1978. Jean-Paul II la proclama Bienheureuse le 15 août 1985, à
Kinshasa. Sa fête a été fixée au 1er décembre, jour
anniversaire de son martyre.
"Elle a préféré mourir martyre pour préserver sa pureté. C'est notre
modèle. Elle a ainsi donné la preuve d'un amour suprême de Dieu qu'elle
a placé au-dessus de sa propre vie. La béatification d'Anuarite, fille
de notre race, constitue une grande grâce pour l'Afrique. Cela nous
montre clairement que Dieu appelle tout le monde à devenir saint".
http://www.afriquespoir.com/saintsdafrique/page8.html
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