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SAINT Siméon
stylite L'ANCIEN
(IVe siècle)
Voici
peut-être le plus étrange, le plus miraculeux de tous les Saints. Il
naquit en Cilicie. Son père était berger, et lui-même passa les
premières années de sa vie à garder les troupeaux. Il avait treize ans,
quand un jour, à l'église, il entendit lire ces paroles: "Bienheureux
ceux qui pleurent!... Bienheureux ceux qui ont le coeur pur!" Éclairé
par la grâce, embrasé du désir de la perfection, il se met en prière,
s'endort et fait un songe: "Il me semblait, dit-il, que je creusais les
fondements d'un édifice; quand je crus la fosse assez profonde, je
m'arrêtai: "Creuse encore!" me dit une voix. Par quatre fois je repris
mon travail et je m'arrêtai, et par quatre fois j'entendis la même
parole: "Creuse encore!" Enfin la voix me dit: "C'est assez! Maintenant
tu peux élever un édifice aussi haut qu'il te plaira." Ce songe
signifiait sans doute l'humilité, base de toutes les vertus et mesure de
la perfection; mais il faisait aussi allusion au genre de vie que devait
mener le pieux jeune homme.
Siméon entre dans un monastère; là, ses mortifications paraissent si
effrayantes, qu'on lui conseille la solitude. Il se retire dans un
désert et passe le Carême entier sans manger; le jour de Pâques, la
Sainte Communion lui rend toute sa vigueur. Dès ce moment, il prend la
résolution de passer ainsi tous les ans le temps du Carême. Les foules
se pressent bientôt autour de lui attirées par ses miracles; il s'enfuit
sur une montagne pour échapper au commerce des hommes; mais le concours
prodigieux s'accroissait tous les jours. C'est alors qu'il se fit bâtir
une colonne qui, s'élevant d'année en année, atteignit enfin la hauteur
de quarante coudées, ou à peu près vingt mètres, sur laquelle il vécut
environ trente-six ans. De là lui vient le surnom de Stylite, mot qui
signifie, en grec, l'habitant de la colonne. Les heures de sa journée
étaient partagées entre la prière, la prédication et les oeuvres de
charité; la nuit se passait presque entière dans les entretiens avec le
Ciel. Quelqu'un voulut un jour compter les inclinations profondes qu'il
faisait en la présence de Dieu; arrivé au nombre de mille deux cent
quarante-quatre, il s'arrêta, n'ayant pas la patience de continuer plus
longtemps. Tout est merveilleux dans les détails de cette vie
surprenante; et cependant on n'y trouve rien qui ne montre un homme
conduit par l'Esprit de Dieu et soutenu par la vertu d'En Haut.
Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame,
1950
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