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| Janvier |
Sainte Thérèse
Bénédicte de la Croix -
Edith STEIN
L'histoire d'Édith
Stein peut se résumer ainsi: "Une jeune femme en quête de vérité, grâce
au travail silencieux de la grâce divine, est devenue une sainte et une
martyre." (Jean Paul II)
Elle naît le 12
octobre 1891 à Breslau en Prusse (aujourd'hui Wroclaw en Pologne) dans
une famille juive pratiquante, le jour même de la Fête des Expiations,
le Yom Kippour, et sa mère y voit un signe de prédilection. Elle est la
dernière de sept enfants. Son père, commerçant en bois, meurt alors
qu'elle n'a pas deux ans. Sa mère, énergique et pieuse, continue à gérer
l'entreprise en péril en la sauvant de la faillite, tout en veillant
avec soin à l'éducation de ses enfants. Pourtant aucun d'eux ne
conservera la pratique de son enfance.
Très tôt Édith
révèle son intelligence. En classe, on l'appelle 'Édith l'intelligente',
ce qui la fait beaucoup souffrir car elle sait qu'"il est beaucoup plus
important d'être bon que d'être malin". Elle est aussi très réfléchie. A
l'insu de ses proches, elle entretient "un monde caché" de réflexion, se
remémorant ce qu'elle a vu et entendu dans la journée. Par moment elle a
des accès de colère, mais peu à peu elle arrive à les dominer; dès lors
son monde intérieur devient "plus clair, plus lumineux".
A 15 ans, voulant
être pleinement libre, elle décide consciemment et intentionnellement
d'arrêter de prier. Elle devient athée. C'est par une série d'étapes
douloureuses qu'il lui faudra remonter vers la pleine lumière. Dans cet
itinéraire, on peut discerner plusieurs paliers. Étudiante, elle ne se
confine pas dans ses livres, mais elle se bat en même temps pour les
droits de la femme (Association prussienne pour le vote des femmes) et
pour le droit de grève des ouvriers. Elle commence des études de
psychologie, seule femme étudiante de son groupe, mais cette science
n'en est qu'à ses débuts; elle trouve que ses principes n'en sont pas
clairs, et son mécanisme matérialiste la déçoit. Elle entend parler
d'Edmund Husserl, le père de la phénoménologie. Il prône un retour au
réel. Plutôt que d'appliquer aux choses des jugements préconçus et
théoriques, il faut se tourner "vers les choses mêmes". Enthousiasmée,
elle part pour Göttingen où il enseigne. Elle ne le suivra pas
indéfiniment, car lorsqu'on le voit de plus près, il se révèle
autocratique, brouillon, et de plus, ses théories sont parfois
sclérosées. Pourtant il fait de son côté, un progrès spirituel personnel
et tout en restant lui-même au seuil de la foi, il y conduit certains de
ses élèves comme Hedwidge et Théodore Conrad-Martius convertis au
protestantisme, Adolph Reinach et Max Scheler convertis au catholicisme.
Max Scheler,
d'origine juive, est disciple d'Husserl. D'abord divorcé et remarié, il
se convertit au catholicisme. Il donne des cours du soir sur la vie
spirituelle, par exemple, sur l'essence de la sainteté. Avec lui, Édith
retrouve le sens des 'valeurs'. Par cet homme 'génial' et d'autres
encore, le monde de la foi et du catholicisme se présente concrètement à
elle: un monde peuplé d'êtres humains qu'elle côtoie chaque jour et
qu'elle admire. Chez cette athée, cela provoque une réflexion et
quelques préjugés rationalistes tombent. Elle est intriguée, mais pas
encore convaincue. Dans sa quête passionnée de vérité, elle souffre,
spécialement à l'époque de la Grande Guerre: "Je m'enfonçais peu à peu -
dit-elle - dans un véritable désespoir. Pour la première fois de ma vie,
je me trouvais confrontée à quelque chose dont ma volonté ne pouvait
venir à bout" (Lettre à une bénédictine).
La guerre de 14-18
éclate. En 1915 elle s'engage comme auxiliaire de la Croix-Rouge et se
dévoue jusqu'à épuisement; elle est mise en congé forcé. Elle se remet
aux études. En 1916 elle devient assistante du professeur Husserl à
Freibourg-in-Brisgau. En 1917 elle soutient brillamment une thèse de
doctorat sur un sujet de phénoménologie, même si elle a déjà pris ses
distances avec elle. Husserl en est enthousiasmé. Elle s'éprend de l'un
des disciples du Maître, Hans Lipps, un catholique pacifiste, mais leur
relation reste platonique. D'ailleurs ce dernier est amené à quitter la
ville, et il meurt au front en 1917. Son compagnon d'études, Adolph
Reinach meurt également au front la même année. Elle se rend chez sa
veuve pour la réconforter et l'aide à mettre en ordre les travaux du
défunt. La sérénité de celle-ci l'impressionne. "Ce fut là ma première
rencontre avec la croix et avec la force divine qu'elle communique à
ceux qui la portent." En 1919 sa demande d'habilitation pour
l'enseignement universitaire est refusée à Göttingen, à cause de la
mentalité phallocrate (machique) de l'époque. Elle enseigne alors chez
sa mère à Breslau.
En été1921 elle
fait un séjour chez ses amis Hedwidge et Théodore Conrad-Martius. Un
soir, par hasard, en regardant les livres de leur bibliothèque, elle
tombe sur la "Vie de sainte Thérèse d'Avila écrite par elle-même". Elle
en fait la lecture tout d'un trait jusqu'au lendemain matin. En
refermant le livre, dit-elle, je fus contrainte de dire: "Ceci est la
vérité". Dès lors, les choses ne traînent pas. Elle achète le jour même
un catéchisme et un missel catholique. (Elle lit déjà le Nouveau
Testament et avait acheté les Exercices spirituels de Saint Ignace, par
pur intérêt psychologique d'ailleurs, mais elle a compris qu'il ne
suffit pas de les lire, il faut les pratiquer.) Elle demande le baptême
à un prêtre de l'endroit. Celui-ci trouve que les choses vont un peu
vite. Elle lui demande alors de l'interroger sur-le-champ. Impressionné
par l'étendue de ses connaissances sur la foi, le prêtre la baptise.
C'était à Bergzabern le premier janvier 1922. Elle choisit les noms de
Theresia Edwidge. Cette conversion est un choc pour sa mère à qui elle
avoue à genoux: "Mère, je suis catholique". Elle désire entrer
immédiatement au Carmel, mais son directeur spirituel, l'Abbé Joseph
Schwind, vicaire général de Spire, pense qu'elle peut encore être utile
dans le monde. Édith attendra donc encore plus de dix ans avant de
réaliser son vœu.
De 1922 à 1932,
elle enseigne chez les Dominicaines à Spire, traduisant également Newman
et le "De veritate" de Saint Thomas d'Aquin. Quand le nonce Pacelli (le
futur Pie XII) vient visiter le collège, c'est elle qui lui fait le
discours d'accueil. A l'occasion des grandes fêtes notamment, elle
fréquente l'abbaye de Beuron dont le Père Abbé Raphaël Walser, son
nouveau guide spirituel, s'illustrera dans son opposition au nazisme. En
1932, un organisme catholique de Münster, l'institut allemand pour la
pédagogie scientifique, lui propose de donner des cours sur des sujets
concernant les femmes et la formation des jeunes filles. Elle accepte et
donne aussi des conférences, notamment à Zürich, sur le rôle des femmes
dans la société et elle écrit des articles et quelques livres. Mais cela
durera à peine un an car l'anti-sémitisme commence à s'exprimer avec de
plus en plus de violence et en 1933, la loi sur les non-Aryens la
contraint à abandonner l'enseignement. Elle écrit à Pie XI, lui
demandant d'intervenir en faveur des Juifs persécutés. (La partie de
l'encyclique "Mit brennender sorge" concernant le racisme a peut-être
été inspirée par sa lettre.) Paradoxalement, l'interdiction d'enseigner
lui donne l'occasion de réaliser son projet.
Le 14 octobre
1933, en la fête de Sainte Thérèse d'Avila, elle entre au Carmel de
Cologne. Sa sœur Rosa se convertit à son tour; elle rejoindra bientôt
Édith au Carmel sans toutefois être religieuse, mais elle attend la mort
de leur mère pour ne pas la choquer davantage. (D'ailleurs, malgré son
émotion, cette dernière a pu constater l'heureuse évolution d'Édith en
la voyant vivre auprès d'elle et elle a respecté la liberté de sa
démarche.) Édith a 42 ans. Elle prend l'habit le 15 avril suivant sous
le nom de Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix. Son noviciat se passe sans
difficulté. Elle retrouve la joie et même le rire. Elle confie: "Le
matin, lorsque j'arrive à la chapelle, que je regarde le tabernacle et
la statue de Marie, et que je me dis à moi-même: 'Ils étaient de mon
sang', vous n'avez pas idée de ce que cela me fait". Elle dit aussi:
"Pour moi, être fille du peuple élu, c'est appartenir au Christ non
seulement par l'esprit mais par le sang". Elle émet ses vœux simples le
21 avril 1935. Tout en menant la vie religieuse, on lui demande de
reprendre ses travaux intellectuels.
En décembre 1938,
la persécution l'oblige à se réfugier dans le Carmel d'Echt aux
Pays-Bas. "Ce n'est pas une fuite du monde et de ses dangers, avait-elle
écrit en entrant au Carmel, Oh non, je ne le crois pas. On viendra
sûrement nous tirer d'ici." En juillet 1942, quand les évêques
hollandais élèvent une courageuse protestation contre les mauvais
traitements infligés aux Juifs, les Nazis, par représailles, décident de
déporter aussi tous les catholiques d'origine juive, car, disent-ils, ce
sont 'nos pires ennemis'. On cherche à faire partir Édith en Espagne,
puis en Suisse, mais les autorisations n'arrivent pas assez tôt. Comme
on lui offre encore la possibilité de sauver sa vie, ell dit: "Ne le
faites pas! Pourquoi devrais-je être exclue? La justice ne réside-t-elle
pas dans le fait que je bénéficie pas d'avantages du fait de mon
baptême? Si je ne peux pas partager le sort de mes frères et sœurs, ma
vie est détruite dans un certain sens." Elle est arrêtée le 4 août 1942.
Le 7 août, le convoi se forme pour Auschwitz. Prenant la main de sa
sœur, elle dit: "Allons à notre peuple." En chemin elle est un ange de
consolation pour ceux qui sont avec elle. Elle meurt dans la chambre à
gaz le 9 août 1942.
En se référant à
sa propre expérience, elle a pu écrire: "Qui cherche la vérité,
consciemment ou inconsciemment, cherche Dieu." Mais elle y associe
l'amour: "N'acceptez rien comme vérité qui soit privé d'amour. Et
n'acceptez rien comme amour qui soit privé de vérité." Et cette vérité
ne s'acquiert pas sans "la science de la croix". C'est le titre de son
ouvrage rédigé au Carmel d'Echt. Le dernier chapitre, inachevé,
s'intitule: "Sur les pas du Crucifié". Elle a dit aussi: "Aucune œuvre
spirituelle ne vient au monde sans grand effort."
Concluons avec ces
paroles de Jean Paul II lors de sa canonisation: "Je me rappelle qu'en
1982, toujours au mois d'octobre, j'ai pu canoniser en ce lieu (Rome)
Maximilien Kolbe. J'ai toujours eu la conviction que ces deux martyrs
d'Auschwitz nous conduisent ensemble vers l'avenir: Maximilien Kolbe et
Édith Stein, sœur Thérèse Bénédicte de la Croix.
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