Passioniste ... Passion - aimant

Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l'on aime

accueil saints et saintes  prières  enseignements liens divers nouvelles passionistes
Janvier

fevrier

mars

avril

 mai

juin

 juillet

 aout

 septembre

 octobre

 novembre

 decembre

 

 

Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix  -  Edith STEIN

L'histoire d'Édith Stein peut se résumer ainsi: "Une jeune femme en quête de vérité, grâce au travail silencieux de la grâce divine, est devenue une sainte et une martyre." (Jean Paul II)

Elle naît le 12 octobre 1891 à Breslau en Prusse (aujourd'hui Wroclaw en Pologne) dans une famille juive pratiquante, le jour même de la Fête des Expiations, le Yom Kippour, et sa mère y voit un signe de prédilection. Elle est la dernière de sept enfants. Son père, commerçant en bois, meurt alors qu'elle n'a pas deux ans. Sa mère, énergique et pieuse, continue à gérer l'entreprise en péril en la sauvant de la faillite, tout en veillant avec soin à l'éducation de ses enfants. Pourtant aucun d'eux ne conservera la pratique de son enfance.

Très tôt Édith révèle son intelligence. En classe, on l'appelle 'Édith l'intelligente', ce qui la fait beaucoup souffrir car elle sait qu'"il est beaucoup plus important d'être bon que d'être malin". Elle est aussi très réfléchie. A l'insu de ses proches, elle entretient "un monde caché" de réflexion, se remémorant ce qu'elle a vu et entendu dans la journée. Par moment elle a des accès de colère, mais peu à peu elle arrive à les dominer; dès lors son monde intérieur devient "plus clair, plus lumineux".

A 15 ans, voulant être pleinement libre, elle décide consciemment et intentionnellement d'arrêter de prier. Elle devient athée. C'est par une série d'étapes douloureuses qu'il lui faudra remonter vers la pleine lumière. Dans cet itinéraire, on peut discerner plusieurs paliers. Étudiante, elle ne se confine pas dans ses livres, mais elle se bat en même temps pour les droits de la femme (Association prussienne pour le vote des femmes) et pour le droit de grève des ouvriers. Elle commence des études de psychologie, seule femme étudiante de son groupe, mais cette science n'en est qu'à ses débuts; elle trouve que ses principes n'en sont pas clairs, et son mécanisme matérialiste la déçoit. Elle entend parler d'Edmund Husserl, le père de la phénoménologie. Il prône un retour au réel. Plutôt que d'appliquer aux choses des jugements préconçus et théoriques, il faut se tourner "vers les choses mêmes". Enthousiasmée, elle part pour Göttingen où il enseigne. Elle ne le suivra pas indéfiniment, car lorsqu'on le voit de plus près, il se révèle autocratique, brouillon, et de plus, ses théories sont parfois sclérosées. Pourtant il fait de son côté, un progrès spirituel personnel et tout en restant lui-même au seuil de la foi, il y conduit certains de ses élèves comme Hedwidge et Théodore Conrad-Martius convertis au protestantisme, Adolph Reinach et Max Scheler convertis au catholicisme.

Max Scheler, d'origine juive, est disciple d'Husserl. D'abord divorcé et remarié, il se convertit au catholicisme. Il donne des cours du soir sur la vie spirituelle, par exemple, sur l'essence de la sainteté. Avec lui, Édith retrouve le sens des 'valeurs'. Par cet homme 'génial' et d'autres encore, le monde de la foi et du catholicisme se présente concrètement à elle: un monde peuplé d'êtres humains qu'elle côtoie chaque jour et qu'elle admire. Chez cette athée, cela provoque une réflexion et quelques préjugés rationalistes tombent. Elle est intriguée, mais pas encore convaincue. Dans sa quête passionnée de vérité, elle souffre, spécialement à l'époque de la Grande Guerre: "Je m'enfonçais peu à peu - dit-elle - dans un véritable désespoir. Pour la première fois de ma vie, je me trouvais confrontée à quelque chose dont ma volonté ne pouvait venir à bout" (Lettre à une bénédictine).

La guerre de 14-18 éclate. En 1915 elle s'engage comme auxiliaire de la Croix-Rouge et se dévoue jusqu'à épuisement; elle est mise en congé forcé. Elle se remet aux études. En 1916 elle devient assistante du professeur Husserl à Freibourg-in-Brisgau. En 1917 elle soutient brillamment une thèse de doctorat sur un sujet de phénoménologie, même si elle a déjà pris ses distances avec elle. Husserl en est enthousiasmé. Elle s'éprend de l'un des disciples du Maître, Hans Lipps, un catholique pacifiste, mais leur relation reste platonique. D'ailleurs ce dernier est amené à quitter la ville, et il meurt au front en 1917. Son compagnon d'études, Adolph Reinach meurt également au front la même année. Elle se rend chez sa veuve pour la réconforter et l'aide à mettre en ordre les travaux du défunt. La sérénité de celle-ci l'impressionne. "Ce fut là ma première rencontre avec la croix et avec la force divine qu'elle communique à ceux qui la portent." En 1919 sa demande d'habilitation pour l'enseignement universitaire est refusée à Göttingen, à cause de la mentalité phallocrate (machique) de l'époque. Elle enseigne alors chez sa mère à Breslau.

En été1921 elle fait un séjour chez ses amis Hedwidge et Théodore Conrad-Martius. Un soir, par hasard, en regardant les livres de leur bibliothèque, elle tombe sur la "Vie de sainte Thérèse d'Avila écrite par elle-même". Elle en fait la lecture tout d'un trait jusqu'au lendemain matin. En refermant le livre, dit-elle, je fus contrainte de dire: "Ceci est la vérité". Dès lors, les choses ne traînent pas. Elle achète le jour même un catéchisme et un missel catholique. (Elle lit déjà le Nouveau Testament et avait acheté les Exercices spirituels de Saint Ignace, par pur intérêt psychologique d'ailleurs, mais elle a compris qu'il ne suffit pas de les lire, il faut les pratiquer.) Elle demande le baptême à un prêtre de l'endroit. Celui-ci trouve que les choses vont un peu vite. Elle lui demande alors de l'interroger sur-le-champ. Impressionné par l'étendue de ses connaissances sur la foi, le prêtre la baptise. C'était à Bergzabern le premier janvier 1922. Elle choisit les noms de Theresia Edwidge. Cette conversion est un choc pour sa mère à qui elle avoue à genoux: "Mère, je suis catholique". Elle désire entrer immédiatement au Carmel, mais son directeur spirituel, l'Abbé Joseph Schwind, vicaire général de Spire, pense qu'elle peut encore être utile dans le monde. Édith attendra donc encore plus de dix ans avant de réaliser son vœu.

De 1922 à 1932, elle enseigne chez les Dominicaines à Spire, traduisant également Newman et le "De veritate" de Saint Thomas d'Aquin. Quand le nonce Pacelli (le futur Pie XII) vient visiter le collège, c'est elle qui lui fait le discours d'accueil. A l'occasion des grandes fêtes notamment, elle fréquente l'abbaye de Beuron dont le Père Abbé Raphaël Walser, son nouveau guide spirituel, s'illustrera dans son opposition au nazisme. En 1932, un organisme catholique de Münster, l'institut allemand pour la pédagogie scientifique, lui propose de donner des cours sur des sujets concernant les femmes et la formation des jeunes filles. Elle accepte et donne aussi des conférences, notamment à Zürich, sur le rôle des femmes dans la société et elle écrit des articles et quelques livres. Mais cela durera à peine un an car l'anti-sémitisme commence à s'exprimer avec de plus en plus de violence et en 1933, la loi sur les non-Aryens la contraint à abandonner l'enseignement. Elle écrit à Pie XI, lui demandant d'intervenir en faveur des Juifs persécutés. (La partie de l'encyclique "Mit brennender sorge" concernant le racisme a peut-être été inspirée par sa lettre.) Paradoxalement, l'interdiction d'enseigner lui donne l'occasion de réaliser son projet.

Le 14 octobre 1933, en la fête de Sainte Thérèse d'Avila, elle entre au Carmel de Cologne. Sa sœur Rosa se convertit à son tour; elle rejoindra bientôt Édith au Carmel sans toutefois être religieuse, mais elle attend la mort de leur mère pour ne pas la choquer davantage. (D'ailleurs, malgré son émotion, cette dernière a pu constater l'heureuse évolution d'Édith en la voyant vivre auprès d'elle et elle a respecté la liberté de sa démarche.) Édith a 42 ans. Elle prend l'habit le 15 avril suivant sous le nom de Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix. Son noviciat se passe sans difficulté. Elle retrouve la joie et même le rire. Elle confie: "Le matin, lorsque j'arrive à la chapelle, que je regarde le tabernacle et la statue de Marie, et que je me dis à moi-même: 'Ils étaient de mon sang', vous n'avez pas idée de ce que cela me fait". Elle dit aussi: "Pour moi, être fille du peuple élu, c'est appartenir au Christ non seulement par l'esprit mais par le sang". Elle émet ses vœux simples le 21 avril 1935. Tout en menant la vie religieuse, on lui demande de reprendre ses travaux intellectuels.

En décembre 1938, la persécution l'oblige à se réfugier dans le Carmel d'Echt aux Pays-Bas. "Ce n'est pas une fuite du monde et de ses dangers, avait-elle écrit en entrant au Carmel, Oh non, je ne le crois pas. On viendra sûrement nous tirer d'ici." En juillet 1942, quand les évêques hollandais élèvent une courageuse protestation contre les mauvais traitements infligés aux Juifs, les Nazis, par représailles, décident de déporter aussi tous les catholiques d'origine juive, car, disent-ils, ce sont 'nos pires ennemis'. On cherche à faire partir Édith en Espagne, puis en Suisse, mais les autorisations n'arrivent pas assez tôt. Comme on lui offre encore la possibilité de sauver sa vie, ell dit: "Ne le faites pas! Pourquoi devrais-je être exclue? La justice ne réside-t-elle pas dans le fait que je bénéficie pas d'avantages du fait de mon baptême? Si je ne peux pas partager le sort de mes frères et sœurs, ma vie est détruite dans un certain sens." Elle est arrêtée le 4 août 1942. Le 7 août, le convoi se forme pour Auschwitz. Prenant la main de sa sœur, elle dit: "Allons à notre peuple." En chemin elle est un ange de consolation pour ceux qui sont avec elle. Elle meurt dans la chambre à gaz le 9 août 1942.

En se référant à sa propre expérience, elle a pu écrire: "Qui cherche la vérité, consciemment ou inconsciemment, cherche Dieu." Mais elle y associe l'amour: "N'acceptez rien comme vérité qui soit privé d'amour. Et n'acceptez rien comme amour qui soit privé de vérité." Et cette vérité ne s'acquiert pas sans "la science de la croix". C'est le titre de son ouvrage rédigé au Carmel d'Echt. Le dernier chapitre, inachevé, s'intitule: "Sur les pas du Crucifié". Elle a dit aussi: "Aucune œuvre spirituelle ne vient au monde sans grand effort."

Concluons avec ces paroles de Jean Paul II lors de sa canonisation: "Je me rappelle qu'en 1982, toujours au mois d'octobre, j'ai pu canoniser en ce lieu (Rome) Maximilien Kolbe. J'ai toujours eu la conviction que ces deux martyrs d'Auschwitz nous conduisent ensemble vers l'avenir: Maximilien Kolbe et Édith Stein, sœur Thérèse Bénédicte de la Croix.

 

 

liste alphabétique saints